Silvio Baldini calme le jeu après deux succès de l’Italie
Silvio Baldini ne veut pas faire de son avenir un sujet. Après deux victoires amicales arrachées sur le même score de 1-0 face au Luxembourg puis à la Grèce, le technicien italien a préféré retenir l’essentiel: rendre service à la sélection et offrir de la visibilité à une génération encore en construction.
Propulsé à la tête de l’équipe d’Italie à titre intérimaire après le départ de Gennaro Gattuso, dans la foulée d’un nouvel échec en qualification pour la Coupe du monde, Baldini a choisi de miser franchement sur la jeunesse. Sa liste comptait 21 joueurs sans la moindre sélection, un signal fort dans une période où la Nazionale cherche à se reconstruire sans bruit, mais avec des repères clairs.
Le message du sélectionneur par intérim est resté constant. Il a expliqué que son cas personnel importait peu, et qu’il souhaitait avant tout être utile au groupe. Dans son esprit, ces deux matches de juin n’étaient pas une campagne personnelle. Ils devaient surtout permettre à ses joueurs d’être reconnus pour le travail accompli avec lui.
Silvio Baldini a lancé une Italie rajeunie, sans se protéger
Le pari n’était pas neutre. Face au Luxembourg, l’Italie a aligné son onze le plus jeune depuis décembre 1912. Le chiffre dit beaucoup sur l’ampleur du virage engagé. Baldini ne s’est pas contenté d’ouvrir la porte à quelques promesses: il a installé un vrai laboratoire à ciel ouvert, avec les risques que cela suppose dans un contexte déjà tendu autour de la sélection.
Cette prise de risque s’explique aussi par le moment que traverse le football italien. Après avoir manqué une troisième Coupe du monde consécutive, la sélection devait retrouver un minimum d’élan et d’oxygène. Deux succès d’un but, même en amical, ne règlent pas tout. En revanche, ils offrent une base émotionnelle et sportive à un groupe jusque-là presque vierge au plus haut niveau.
Interrogé sur une éventuelle prolongation de son intérim, ou sur un retour à son poste chez les Espoirs après la victoire contre la Grèce, Baldini a refusé d’alimenter le débat. Plusieurs observateurs ont pourtant plaidé pour sa continuité. Lui a répondu avec sobriété: ce qui compte, c’est de bien faire son travail. Le reste, labels et jugements rapides compris, lui paraît secondaire.
Pio Esposito confirme, l’Italie tient peut-être un visage neuf
Au milieu de cette séquence, un nom ressort avec netteté: Francesco Pio Esposito. L’attaquant de l’Inter a marqué lors des deux rencontres et a donc offert à lui seul les deux victoires italiennes. Dans une équipe très jeune, sa capacité à peser tout de suite a donné de la cohérence au projet temporaire de Baldini.
Ses débuts prennent déjà une dimension statistique rare. Esposito est devenu seulement le quatrième joueur à marquer lors de chacune de ses trois premières titularisations avec l’Italie. Avant lui, seuls Omar Enrique Sivori, Riccardo Carapellese et Annibale Frossi avaient réalisé une telle entame. À 20 ans, il totalise désormais cinq buts en sélection.
Avant ses 21 ans, seul Giuseppe Meazza avait fait mieux sous le maillot azzurro, avec 11 réalisations. La comparaison demande forcément de la prudence, mais elle éclaire le niveau de précocité du moment. Dans cette sélection largement remaniée, Esposito faisait d’ailleurs presque figure d’ancien, ce qui dit beaucoup sur la jeunesse du groupe emmené par Gianluigi Donnarumma, champion d’Europe 2020 avec l’Italie.
Pour la Nazionale, ce n’est pas seulement une question de buteur. C’est aussi la confirmation qu’un joueur capable de répondre immédiatement à la pression internationale peut devenir un point d’ancrage. Sur deux matches fermés, l’Italie n’a pas brillé par l’abondance offensive. Elle a, en revanche, trouvé quelqu’un pour trancher.
Silvio Baldini insiste sur les règles et la maturation du groupe
Au-delà des résultats, Baldini a surtout parlé d’éducation sportive. Il a expliqué connaître la valeur de ses joueurs et voir dans leur progression mentale un passage obligé. Pour lui, une équipe importante naît quand les jeunes comprennent que les règles ne sont pas une punition, mais une ressource.
Cette lecture en dit long sur sa méthode. Le technicien n’a pas vendu de promesses démesurées. Il a évoqué la nécessité de grandir, de gagner en confiance et d’adopter un mode de vie cohérent avec le très haut niveau. Il a aussi reconnu qu’un peu de réussite aide toujours, dans le football comme ailleurs. Là encore, le ton est resté simple, presque paternaliste, loin des discours d’autopromotion.
Ce positionnement colle avec sa sortie médiatique. Baldini n’a pas cherché à transformer deux victoires en argument pour conserver le poste. Il a plutôt défendu l’idée d’un passage utile, destiné à accompagner des joueurs vers plus de maturité. Dans une période agitée, cette retenue contraste avec l’agitation habituelle autour de la sélection italienne.
L’avenir du banc italien reste ouvert avant la Ligue des nations
Sur le fond, la question du sélectionneur n’est évidemment pas refermée. Antonio Conte apparaît comme le principal candidat pour reprendre durablement l’équipe nationale. L’hypothèse d’une offensive pour Pep Guardiola, ancien entraîneur de Manchester City, a aussi été évoquée. Pour l’instant, rien dans ces deux matches n’a bouleversé publiquement la hiérarchie des options.
En revanche, Baldini a peut-être modifié le regard porté sur le vivier italien. En septembre, l’Italie lancera sa campagne de Ligue des nations avec un peu plus de certitudes qu’avant cette parenthèse. Pas encore sur l’identité de son sélectionneur permanent, mais sur l’existence d’une jeunesse capable de répondre présent si on lui fait de la place.
C’est probablement là le principal héritage de cette courte mission. Deux victoires n’effacent ni les échecs récents ni les doutes structurels. Elles rappellent toutefois qu’une reconstruction peut commencer par des gestes simples: faire confiance, encadrer, exiger. Baldini, lui, semble prêt à s’effacer. Mais son intérim laisse une idée forte: cette Italie rajeunie mérite désormais d’être suivie de près, y compris sur la scène internationale encadrée par la FIFA.