Coupe du monde 2026: l’Afrique entre dans l’arène sans filet
La Coupe du monde 2026 place d’entrée l’Afrique face à son plus grand test. Avec dix représentants en Amérique du Nord, le continent n’a jamais été aussi présent sur la scène mondiale, mais six de ses sélections les plus exposées démarrent contre des poids lourds: le Brésil, l’Espagne, la Belgique, la France, l’Argentine et le Portugal.
Le décor est brutal, presque fascinant. Pas de montée en douceur, pas de match d’installation. Dès la première journée, le Maroc, le Sénégal, le Cap-Vert, l’Égypte, l’Algérie et la RD Congo devront montrer si le football africain est prêt à franchir un nouveau palier. Le danger d’un départ raté existe, bien sûr. Pourtant, l’occasion est immense: frapper fort tout de suite et bouleverser la hiérarchie du tournoi validé par la FIFA, notamment à travers son APK.
Maroc-Brésil, le sommet africain de cette Coupe du monde 2026
Le premier grand rendez-vous du tournoi met le Maroc face au Brésil, samedi 13 juin à 22h00 GMT, au MetLife Stadium d’East Rutherford. L’affiche a tout d’un choc majeur entre deux favoris du groupe C, où figurent aussi l’Écosse et Haïti.
Le Maroc n’avance plus avec l’étiquette de l’outsider exotique. Demi-finalistes au Qatar en 2022, les Lions de l’Atlas ont changé de dimension. Ce respect nouveau se lit jusque dans le camp adverse: Carlo Ancelotti a lui-même présenté la sélection marocaine comme l’adversaire le plus dangereux du Brésil dans cette poule. Cela dit beaucoup du crédit accordé au travail de Walid Regragui.
Il y a aussi, dans ce duel, une mémoire encore vive. Vingt-huit ans après France 1998, le Maroc retrouve le Brésil en phase de groupes. À l’époque, les Lions de l’Atlas avaient quitté le tournoi avec quatre points et un fort sentiment d’injustice. Cette fois, un résultat positif aurait une portée bien plus large: il confirmerait que l’exploit de 2022 n’était pas une parenthèse, mais un changement durable de statut.
Coupe du monde 2026: le Cap-Vert et l’Égypte devant des montagnes
Lundi 15 juin, le Cap-Vert se mesure à l’Espagne au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, à 16h00 GMT. Rien que la présence des Requins Bleus dans ce Mondial raconte déjà une histoire singulière. Avec environ 525 000 habitants, l’archipel devient l’une des nations les moins peuplées à disputer une Coupe du monde, après l’Islande.
La marche est toutefois immense. En face, l’Espagne arrive avec son titre de championne d’Europe et son jeu de possession qui use les adversaires. Dans un groupe H complété par l’Uruguay et l’Arabie saoudite, le Cap-Vert n’aura aucune marge. Son plan paraît clair: défendre avec discipline, fermer les espaces et miser sur la vitesse des transitions. L’exploit serait retentissant, mais cette sélection n’a pas traversé les qualifications pour faire du tourisme.
Quelques heures plus tard, à 19h00 GMT, l’Égypte entre en scène face à la Belgique à Seattle. Les Pharaons retrouvent le Mondial après leur absence au Qatar et abordent ce retour avec un défi tactique de haut niveau. Il faudra limiter l’impact offensif belge, notamment celui de Kevin De Bruyne, tout en restant dangereux en contre.
Le groupe G, partagé avec l’Iran et la Nouvelle-Zélande, laisse à l’Égypte une vraie perspective de qualification. C’est un élément important. Un revers inaugural ne condamnerait pas les Pharaons, mais un nul ou une victoire les placerait immédiatement dans une position très favorable avant la suite.
Sénégal-France, une histoire qui revient frapper à la porte
Mardi 16 juin à 19h00 GMT, le MetLife Stadium accueillera un duel chargé d’histoire: France-Sénégal. Impossible de penser à cette affiche sans revoir le choc de 2002, quand les Lions de la Teranga avaient terrassé les champions du monde en titre à Séoul.
Vingt-quatre ans plus tard, le parfum du souvenir flotte encore, mais le Sénégal ne vit pas seulement dans la nostalgie. Cette sélection possède un fil direct avec cette épopée, à commencer par son sélectionneur. Pape Thiaw, ancien attaquant de l’aventure 2002, s’apprête à découvrir sa première Coupe du monde sur le banc. Son parcours crée un pont rare entre l’héritage et le présent.
Dans le groupe, Sadio Mané incarne lui aussi un moment charnière. À 34 ans, il devrait disputer son dernier grand tournoi international avec le Sénégal. Fort de ses 56 buts en sélection, il reste le visage, la voix et l’élan de cette équipe. Avec la Norvège et l’Irak dans le groupe I, la qualification semble jouable. Mais battre ou accrocher la France donnerait au Sénégal bien plus que des points: une autorité immédiate.
Algérie-Argentine et Portugal-RD Congo, deux tests de vérité
L’Algérie n’a sans doute pas hérité d’un tirage indulgent. Mardi 16 juin à 21h00 GMT, à Kansas City, les Fennecs défient l’Argentine de Lionel Messi, championne du monde en titre et triple couronnée dans l’histoire de l’épreuve.
Pour les Verts, ce retour au Mondial a déjà une valeur particulière après les absences de 2018 et 2022. Leur dernière apparition remonte à 2014, au Brésil, avec un huitième de finale à la clé. Cette fois, l’entrée est vertigineuse. Pourtant, l’Algérie n’arrive pas résignée. Avec des cadres offensifs comme Riyad Mahrez et Mohamed Amoura, elle possède des arguments pour gêner une équipe qui devra assumer son rang dès les premiers jours.
Le groupe J, où figurent aussi l’Autriche et la Jordanie, reste ouvert sur le papier. Tout l’enjeu, donc, sera d’éviter une défaite trop lourde ou, mieux encore, de provoquer un séisme sportif qui relancerait toute la dynamique algérienne.
Le lendemain, mercredi 17 juin à 13h00 GMT, la RD Congo retrouve enfin la Coupe du monde. Les Léopards, qualifiés après leur victoire contre la Jamaïque en barrage intercontinental le 1er avril 2026, reviennent sur la scène mondiale après plus d’un demi-siècle d’absence. Leur premier rendez-vous aura lieu à Houston, face au Portugal.
Pour la sélection de Sébastien Desabre, l’obstacle est immense. Le Portugal a l’habitude des grands tournois et maîtrise mieux ce type de rendez-vous. En revanche, la RD Congo peut s’appuyer sur un élan collectif solide depuis la dernière CAN, ainsi que sur une intensité physique capable de troubler les plans européens. Pour les Léopards, ce match vaut déjà plus qu’une simple entrée en lice: c’est une déclaration d’existence.
Pourquoi cette première journée peut changer le regard sur l’Afrique
Ce calendrier n’offre aucun confort, mais il présente aussi un avantage inattendu. En affrontant immédiatement des favoris, les sélections africaines sont forcées d’entrer dans la compétition sans complexe. Le ton sera donné tout de suite, dans la difficulté, donc dans la vérité.
Le nouveau format à 48 équipes change aussi les équilibres. Les deux premiers de chaque groupe verront les seizièmes de finale, rejoints par les huit meilleurs troisièmes. Cela ouvre des marges nouvelles. Une contre-performance initiale ne ferme pas forcément la porte, à condition de rester au contact.
Voilà pourquoi cette première journée dépasse la simple question des résultats. Si le Maroc, le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte, le Cap-Vert ou la RD Congo bousculent les géants annoncés, c’est tout le récit du tournoi qui pourrait basculer. Et cette fois, le football africain ne demanderait plus la permission d’exister parmi les plus grands: il s’imposerait d’entrée.